Quotidien givré

Les news du jour:

69 nœuds de vent - maximum enregistré pour le moment.
Depuis deux jours l'Astrolabe avait trouvé refuge derrière le "B9B" pour se
protéger de la tempête. Le B9B, comme son nom ne l'indique pas du tout, est
un immense iceberg d'environ 50 km de long et de la hauteur d'un grand
building (partie visible uniquement!).
Le B9B s'est détaché du glacier Mertz en 2010. Depuis, il gêne la formation
de la polynie en retenant la banquise au cours de la débâcle. Même s'il ne
nous facilite pas l'accès à DDU, on sait aussi apprécier son côté
protecteur: en ce moment il nous sert de bouclier.
Mais c'était sans compter que notre petit coin de banquise s'est fait
totalement disloquer, démanteler, diviser, éclater (il y a eu consultation
sur le terme à employer mais aucun accord n'a été trouvé, ndlr) par le vent
et que cela nous a envoyé faire des ronds dans l'eau, littéralement. On
fait des vas et viens sous le vent de B9B maintenant, un peu à la manière
d'un serpent de mer qui cherche à se mordre la queue. Des ovales, voila. On
fait de grands ovales dans l'eau.

Le plus gros de la tempête est attendu pour cette nuit, on devrait dépasser
les 70 nœuds.

"On en est au 3eme croissant" - Fred se repère dans le temps en comptant
les croissants donc 3 croissants = 3 dimanches. Si on vient à manquer de
croissants elle pourrait bien se perdre à jamais dans ses comptes.
Mais bonne nouvelle! les prévisions ont changé et Fred pourrait bien faire
don de son "4eme croissant" dimanche prochain car elle sera peut-être déjà
à terre. En effet la météo s'annonce bonne (ca peut encore changer) de
jeudi à dimanche. La fenêtre météo que l'on attend. Une accalmie est aussi
prévue ce mardi. Juste prendre un bol d'air sur le pont serait déjà un
cadeau! A suivre..

Le jeu "assassin" se poursuit et c'est un franc succès! 49 participants au
départ, il n'en reste plus que 5 survivants ce soir. Ça nous a bien occupé
ces dernières 48 heures! Mais pas que. La résistance contre l'ennui
s'organise. Séance de yoga en fond de cale cet après midi par exemple. Toc
(Antoine) et Tek (Étienne) sont raides, respectivement, comme un bout de
fer et comme un bout de bois. Eheh. C'est gratuit, je sais.
Coline, Élodie et Solène ont quant-à-elles terminées une chasse au trésor
qui les a bien occupées ces derniers jours. Une sombre histoire de cookies
aux pépites de chocolat il me semble.

Tout va bien en résumé 

A bientôt
Tuc(marion)

Bloqués, iceberg, orques et polynie!

On est prisonniers des glaces !!! AAAAAAAAAHHH

Voilà donc, je commence ce billet en rétablissant d’emblée une vérité : et non et non, nous ne sommes pas encore à DDU, d’ailleurs on y va pas vraiment. Stan nous a plutôt dégoté un petit coin au chaud près des manchots, à environ une centaine de kilomètres de la base, pendant que la tempête fait rage dehors.

Le transport du personnel et du matériel se fera par hélicoptère, c’est certain. Ce qu’on ne sait pas, c’est quand ! Je développe ce point « critique » plus bas mais d’abord un aperçu de la journée de Jeudi qui restera gravée pour toujours dans nos mémoires (pas comme celle de mercredi, jour qui a suivi la soirée Halloween…) Jeudi.

C’est avec bien de la peine que l’Astrolabe s’est échappé de cette neige collante qui nous maintenait prisonnier du pack. Le vent et la dérive de la banquise faisant que les glaces nous encerclaient de toute part. Manœuvre compliquée que de se dégager lorsqu’aucune marche avant ou arrière n’est rendue possible. Les moteurs fument. Puissance maximale. Mais il ne se passe absolument rien. C’est seulement après plusieurs heures (ou jours ? je perds le fil du temps) que finalement, au cours d’une belle journée ensoleillée, nous avons atteint la polynie.

La polynie, c’est une étendue d’eau suffisamment grande pour vous donner le sentiment que l’on navigue en pleine mer à un (gros) détail près : les icebergs. Ces vieux messieurs comme les appelle Stan colorent le paysage de la polynie, ils sont nombreux. On doit zigzaguer entre ces géants de d’eau douce glacée pour poursuivre notre route. Fabien et Stan sont partis en reconnaissance en hélicoptère, ils indiquent à Guillaume qui est à la barre les points GPS à suivre pour ne pas « se planter ».

Bien évidemment on utilise le radar mais ce dernier ne « voit » pas les icebergs qui se cachent derrière leurs congé(nè)res. Stan reprend la barre à 20h, après le diner. Ce soir-là tout le monde était en passerelle. On aurait dit une soirée entre potes organisée en dernière minute : vous savez, les meilleures ! Stan nous a offert un spectacle dont mêmes les plus belles photos retraduiront difficilement la grandeur. On flirtait avec les icebergs. Sur bâbord ou sur tribord, ils sont partout et tellement proches de nous ! Finalement on atteint le bout de la polynie après deux petites heures de navigation. La banquise et ces habitants nous accueillent de nouveau.

On n’ira pas plus loin. Les opérations logistiques se feront d’ici. Icebergs, manchots, coucher de soleil, photo souvenirs, etc. le tableau est déjà bien plein mais je me dis puisque Stan s’est improvisé Père Noel ce soir pourquoi pas lui en demander un peu plus ? C’est tout naturellement je lui commande des orques. Il se moque de moi gentiment mais ne dit pas non. J’ai été sage cette année, et mon vœu est exhaussé deux heures plus tard Parfait ce capitaine.

Deux mâles et trois femelles constituaient le groupe. On reconnait les mâles des femelles car leur nageoire dorsale (ou aileron) est nettement plus haute. J’ai aussi demandé une baleine bleue juste après. Mais Stan m’a répondu qu’il ne fallait pas exagérer : certes sage cette année mais pas exemplaire non plus. Bon. Ce n’est pas si simple de se « remettre » de ce genre de journées. Surtout pour écrire l’indescriptible.

A moi, ça me demande plus de temps pour peser les mots, ranger les émotions et analyser les sentiments. Je me répète que je suis trop chanceuse d’être là où je suis. C’est presque trop : une ambiance géniale, de la nourriture gratuite (et je fais pas la vaisselle !), et un paysage indescriptible. Toutefois le beau temps n’aura pas duré et nous sommes maintenant bloqués par la météo pour un long moment…les bruits de couloirs parlent d’un début des opérations vendredi prochain.

Le 11 Novembre. Date historique et aussi date à laquelle on aurait dû arriver à Hobart ! Trois jours sont nécessaires pour les opérations, trois jours de beau temps – c’est pas gagné. Après cela il faut réussir à traverser le pack en sens inverse puis affronter les 50emes hurlants de nouveau. Pour ceux qui restent à bord, comme moi, c’est un trajet retour de 6 jours minimum sans prendre en compte le risque d’être coincé par le pack. Ça devient inquiétant. Je dois partir peu de temps après pour une autre campagne, je commence à me poser des questions.

Est-ce que j’arriverai à temps ? Certainement mais ça ne laissera pas beaucoup de marge pour s’organiser. On envoie des mails, il faut décaler les billets d’avion retour. Le mauvais temps c’est quoi au juste ? De la neige (=pas de visibilité) et des vents forts. Je bouquinais en passerelle hier tout en faisant face au manomètre qui donne la vitesse du vent en temps réelle. Le bateau tremble et résonne à chaque nouvelle rafale, et je lève les yeux à chacun de ces violentes bourrasques de vent : 46 .. 47.. 48, oula 50, 52 ! 53 nœuds maintenant !! soit près de 100 km/h en rafales. J’irai pointer le bout de mon nez demain quand ça se calme. Ah zut non pas possible.

Les prévisions annoncent 55 nœuds demain, et jusqu’à 70 le surlendemain !! Avec un vent de Sud-Est aussi fort, le pack pourrait bien se refermer sur nous. Ne pas y penser, ne pas y penser, ne pas y penser. Malgré les incertitudes sur notre avenir à court, moyen et long terme nous gardons une dynamique de groupe au beau fixe. Les surnoms apparaissent. Tout a commencé avec Éric et Yann, deux grands chercheurs à terre, et deux grands enfants sur un bateau. On les appelle Tic et Tac. Tic et Tac sont inséparables, blaguent sans cesse, et ne se connaissaient même pas avant notre départ d’Hobart. Moi, ils m’appellent Tuc (ou plus exactement bout de Tuc, comme le gâteau salé du même nom), Antoine le chaudronnier c’est Toc (comme toc-toc, quelqu’un d’un peu fou-fou), Etienne (menuisier) on l’appelle Tek, en référence au bois bien sûr, faut dire qu’il inspecte toute la boiserie du bateau celui-là !

On continue à s’occuper tant bien que mal. Un peu de sport, et des diners de plus en plus longs. Je crois qu’on tient notre record hier : 2 heures 30. Finalement on rit tellement à table que je sens mes abdos travailler plus que pendant les sessions de gym. On fait des jeux aussi. Aujourd’hui nous avons démarré « assassin ». Le principe est simple : tout le monde joue, chacun pioche au hasard le nom d’un passager qui devient alors sa cible, la mission : « tuer » sa cible. On tue sa cible en la touchant à l’épaule tout en disant « tu es mort » mais pour cela il faut se retrouver seul(e) avec sa cible – le crime est invalidé si témoin il y a. On récupère alors la cible de sa propre cible (maintenant « morte » et hors-jeu) et ainsi de suite jusqu’à ce qu’un(e) seul(e) survive. Les alliances s’organisent. La paranoïa s’installe aussi !

Bon, on s’amuse et on s’occupe comme on peut pendant la tempête.

A bientôt

Marion

Preuves des déguisements à Hallowen!

a87i0604h

R0 arrivé !

Silence radio depuis hier de Marion… regardons un peu la balise Argos de l’Astrolabe... et bien oui, on dirait que le bateau est bien arrivé à bon port!!

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Une traversée vraiment rapide directe et sans encombre pour ce bel R0! Ceci n’est pas toujours le cas car souvent en début de saison les conditions de glace peuvent être difficiles. On dirait que la dernière année de l’Astro commence très bien et qu’il offre déjà des traversées magnifiques!

Voici le chemin suivi par l’Astro durant cette traversée (merci google earth!)

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On va donc laisser ce petit monde s’affairer à la base. Les hivernants doivent être tous chamboulés de voir débarquer ces nouveaux venus, et tellement heureux de retrouver le courrier et des fruits et légumes frais qui manquent beaucoup les derniers mois!

On pense bien à vous, on a hâte d’avoir des nouvelles et de faire connaissance avec ces premiers hivernants qui vont monter à bord pour leur retour a la société …

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Halloween bloqués dans le pack

Salut,

Des nouvelles du pack!

Aaaah le pack et ses aléas.

On progresse un peu plus péniblement dans la meringue depuis hier. Déjà, la visibilité était limitée on avançait à tâtons dans une purée de poids. Difficile dans ces conditions de savoir si notre chemin déboucherait sur un cul de sac ou sur une voie d’eau car les images satellites qui nous parviennent sont   icebergs peuvent nous bloquer la route – pas vu, pas pris (Stan, si tu lis ce post pas mal celle-là?!) ou plutôt si on ne voit rien on a des changes d’être pris dans le pack. Les équipes de deux se relaient dans le nid de pies pour prendre un peu de hauteur (environ 20m). On y tient à deux sans trop de difficultés mais si on monte à trois on préfèrera s’entourer de ses amis sveltes a ceux un peu plus « en forme ». Du haut de leur perchoirs nos aiguilleurs du ciel donnent des infos par radio a la passerelle « je vois de l’eau sur bâbord, prends 20 degrés sur 1 mile » – on cherche des trous d’eau entre les plaques. Mais le pack se fait de plus en plus dense. Parfois de bonnes (et de moins bonnes) idées sont suggérées « et si on envoyait 20 gars avec des pioches déblayer devant ? » lance Fabien depuis son nid de pie. Il reçoit en retour un « non » ferme de Stan notre capitaine qui stoïque finit d’ajouter « par contre vous pouvez aller vous soulager à l’avant, ça peut aider ».

Hier soir j’ai dit le mot interdit. Il s’agit du nom commun de l’espèce que certains savourent en civet (je pense à toi papa). Je n’ai pas réalisé tout de suite mais lorsque Stan a frotté lourdement sous couteau à dents sur le bord de son assiette, j’ai d’abord pris cela pour un appel au plateau à fromages. J’ai compris que j’avais commis l’impardonnable lorsque Stan a saisi la salière et balancé par-dessus ses épaules une quantité non négligeable du condiment. « Si on reste bloqué dans le pack c’est de ta faute Marion !! ». Et m….

Ce matin j’étais debout à 4 :45. Le soleil brillait, le pack était magnifique mais paraissait plus dense que jamais. Mais y voit, et on voit loin ! C’est la fenêtre météo qu’on attendait pour sortir les hélicos.

Aujourd’hui ils vont faire leur vol d’essai et aller en repérage. C’est armé de nos pioches, pelles et balais qu’on a nettoyé la glace qui s’est formée sur l’helideck. Ça nous a occupés deux bonnes heures avec J-B et Yann. Casser de la glace, ça défoule ! Première activité de la journée.

Sinon que faire ? On cherche à s’occuper comme on peut. J-B et Didier poursuivent leur activité de cinéastes. J’ai vu un réflexe qui vaut 3 fois mon salaire mensuel (brut) s’écraser lourdement contre un morceau de banquise. Et ça les a bien fait marrer – tout comme moi ! Antoine (chaudronnier) cherche des fuites à réparer. Il en a trouvé une dans la douche qui fait face à ma cabine et m’accuse d’y être pour quelque chose… Pauline (docteur a bord) nous enseigne le jargon médical avec des noms et les maladies associées plus répugnantes les unes que les autres. A la suite de ses histoires je finis par penser que la Nature est finalement mal faite. Pour ma part, j’ai déjà lu trois livres. D’ailleurs je recommande à tous le livre de la jungle dans sa version originale.

Pauline a suggéré une soirée Halloween pour ce soir. Jeremy (logistique a DDU) s’ennuyait dans l’après-midi, alors je lui propose un défi « pourquoi tu ne me fabriquerais pas un costume pour ce soir ? Ça va t’occuper tiens. ». Il est 18h et ça fait déjà deux heures que je me balade en citrouille géante dans le bateau. Un grand sac poubelle orange bourré d’un oreiller et  d’une couette, le tout fermé au niveau de mes hanches avec un sotch « ASTROLABE ». Je crève de chaud là-dedans et la soirée ne commence pas avant plusieurs heures.

On s’occupe aussi pour ne surtout pas penser à ce que potentiellement il pourrait très vraisemblablement se produire (ou plutôt ne pas se produire) dans les prochains jours. La météo s’annonce mauvaise. Mauvaise météo = pas de vols hélicos = on attend. Le temps se dégrade dés demains après midi – pour un retour de conditions favorables seulement prévues pour le lundi suivant. J’espère que ce contretemps ne met pas en péril ma venue à DDU… On verra ! Il faut savoir accepter les règles du jeu.

A bientot!

La citrouille geante